Book - ‘Parasite’ by Damien Leschevin de Prevoisin

Parasites

Livre en francais, par Damien Leschevin de Prevoisin, 180 pages.

Vincent a réussi: propriétaire d’un bar parisien en vogue à trente ans à peine, il a une voiture de collection, un appartement au sommet d’un immeuble haussmannien qui surplombe le boulevard Saint-Germain, des amis d’enfance fidèles, une maitresse charmante et un avenir tout tracé. Tout ce qu’un homme pourrait désirer, Vincent l’a obtenu; pourtant un sentiment de vide indicible a infiltré son quotidien. Pour y remédier, Vincent et ses amis ont établi une tradition étrange: les uns après les autres, ils s’infligent de douloureux canulars, des blagues de mauvais gout qui se veulent toujours plus extrêmes jusqu’à flirter avec une cruauté punitive. La vie de Vincent est donc bien réglée, jusqu’a ce qu’une série d’événements inattendus bouleverse tout son univers.

Vu a travers les yeux d’un esthète, ce roman-tableau à la forme innovatrice suit les tribulations d’un jeune homme désabusé à travers les obstacles d’une vie trop facile.

Chapitre 6.1, Partie 2, page 100

Le lendemain de l’enterrement d’un proche, le caractère principal prépare à l’aube le petit déjeuner pour ses invités.

Vincent était déjà levé aux premiers rayons du soleil. Sa nuit avait été courte, hantée par le souvenir des cérémonies et rituels tous récents. Au détour d’un songe, la main froide et squelettique de son père avait agrippé son épaule, et l’emprise insupportable l’avait rejeté sur les berges tourmentées de sa conscience.

Le silence précédant le lever de soleil avait protégé le jeune homme sous sa couverture mélancolique. Il avait ouvert ses volets et parcouru la campagne du regard. Les yeux grands ouverts, le visage offert à la brise fraîche, il savourait la vue de chaque bosquet, de chaque buisson de fleurs et de chaque vague de vent caressant la pelouse. A l’ouest, la nuit couvrait encore le paysage, teintant les feuilles d’une encre bleutée. A l’est, l’azur rougissant à peine commençait à réchauffer la terre d’une lumière pâle. Au dessus de l’horizon, des nuages majestueux et flamboyants traversaient doucement le ciel. Des chants d’oiseaux perçaient l’air cristallin au milieu du murmure bruissant des feuilles.

Vincent prépara le petit déjeuner, disposant sur la toilé cirée aux motifs démodés bols, assiettes et mets alléchants aux milles couleurs. Il avait émincé des oignons rouges à la robe violette pour les faire cuire dans une omelette avec des poivrons verts et des tomates finement coupées. Il fit griller du pain noir, le tartina de beurre salé et de confiture de groseille, mit à dorer de larges parts de brioche tressée qu’il recouvrit de gelée de prunes. Il pela quelques bananes, éplucha des pommes vertes, et fit bouillir de l’eau pour que son thé infuse en envoûtantes volutes orientales.

Il contempla son œuvre, mordant dans le ventre bedonnant d’une poire fruitée. Le jus délicieux et sucré avait coulé le long de ses doigts, déposant quelques morceaux de pulpes au creux de sa paume. Quelques gouttes avaient taché son pantalon, mais la souillure heureuse ne l’avait pas contrarié. Dans la beauté du moment il ne s’était même pas interrompu.

A la vue du mur de la cuisine qui rosissait, Vincent saisit une tranche de brioche et sortit admirer le spectacle de l’aube naissante. Un voile de nacre recouvrait peu à peu le firmament fantastique. Il se délectait du baiser rassurant et chaud du soleil sur son visage. Devant lui, l’herbe s’était parée d’un voile de rosée brillant de mille diamants. Il avait enterré son père la veille et la nature avait revêtu sa robe la plus élégante, comme si elle se faisait belle pour plaire au nouvel habitant qui reposait en elle désormais.

Chapitre 9.3, Partie 2, page 117

Le caractère principal regarde depuis sa salle de bain deux amoureux parisiens.

La salle de bain semble coulée dans un unique bloc de béton gris foncé. Sa surface est poncée, froide, mais lisse, très agréable au touché. La baignoire rétro en faïence bleue détonne dans cette pièce d’eau immobile. Elle est allongée dans une alcôve près d’une vasque taillée dans une pierre blanche et rêche reconvertie en évier. Le sol dépouillé n’est jamais trop froid, maintenu à température grâce au chauffage au sol, et il y est étonnamment plaisant de s’y promener pieds nus.

Vincent, déshabillé, se regarde droit dans les yeux devant sa glace, et reste captivé par le spectacle pur et brutal d’un homme blanc, sec et sans pudeur. Il tourne le robinet d’eau chaude et pose sa serviette sur la poignée de la fenêtre.

Au dehors, dans la rue en bas, il remarque un homme ; un bel homme, puis un couple. Le colosse machiste au regard noir perce le cœur d’une fille fragile. L’espagnol a le nez droit et franc, le front large, la barbe courte et les cheveux ras. Il porte un costume sombre, une chemise blanche et une cravate brune. Sa bouche est fine et sa mâchoire puissante. L’homme est viril, et transpire une assurance effrayante. Il est beau dans son costume de mâle charismatique et l’assume avec force. Il a l’air mauvais et cultivé : un dangereux bagarreur érudit.

Elle, blonde et belle, est conquise. Le sourcil épais, une grande bouche pulpeuse et des yeux bleus, elle a un visage d’enfant. Incontrôlablement féminine et sexuelle jusqu’au bout de seins, elle le regarde fixement avec tendresse, désir et maturité. Muette, elle se caresse le cou du bout des doigts et attend son étreinte, sûre d’elle. Elle porte un bracelet d’argent qui lui couvre l’avant-bras telle une parure Incas. Des yeux bleus et un visage d’ange, la jeune femme boit ses paroles et désire son baiser, elle s’impatiente mais reste impassible. Elle semble si jeune et pourtant si sereine, la princesse sensuelle aux joues roses.

Un ruban indigo retient ses cheveux lisses et lorsqu’elle l’embrasse elle ferme les yeux. Les lèvres offertes, sur la pointe des pieds, elle succombe au contact de sa peau. L’hidalgo l’embrasse durement et la douce étudiante s’amourache consciemment. Des yeux bleus, un visage d’ange contre une barbe drue. Sur le Pont Neuf les amants lentement s’ensorcèlent.
La vapeur embue la vitre derrière laquelle l’image du couple se dissipe. Vincent rattrape doucement le sillon de la réalité, la musique reprend, et il s’engouffre dans les nuées pâles de sa douche brûlante.

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