Violaine, inspired by Tany’s painting, ‘Strangled Man Wearing Yellow Bowler’, has written the tale behind this awkward art work:
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Poussee la porte, une bouffee de chaleur m’accueille et m’etreint a l’entree du bar. C’est doucereux, insidieux, cette chaleur infiltrante qui vous tiedit l’ame, mais je la laisse couler goutte a goutte le long de mes membres, entre le tweed rape de mes vetements et ma peau tachee par l’age, comme de la resine sur l’ecorce d’un vieux tremble ecorche. Je m’approche du bar et demande un menu. Le barman me regarde d’un sale oeil et le tend d’une main recalcitrante, je le saisis sans mot dire et vais m’asseoir a une table cachee entre le comptoir et la porte de la cuisine. Je suis habitue a ce genre de reactions. Je ne serai pas la tres longtemps, de toute facon.
La carte est vite etudiee: les trois quarts des plats proposes ne sont pas dans mes moyens. J’opte pour un gand bol de brouet au poulet, rien de tel pour rechauffer mes entrailles fatiguees. La demi-baguette qui l’accompagne apaisera la faim brulante qui taraude mon estomac depuis trois jours, et une pinte de biere bon marche metamorphosera ce diner en festin. Un serveur s’enquiert de ma commande avec un sourire compatissant: sa pitie m’est plus difficilement tolerable que l’hostilite du barman, mais je passe commande sans un mot de trop, j’ai appris a m’effacer avec le temps. En attendant, je ramasse un journal abandonne par un client et contre coutume, j’en parcours les lignes. L’administration Bush s’enlise dans sa guerre contre l’axe du mal et le Perou est a feu et a sang. J’ai la vue qui a baisse depuis la derniere fois, mes yeux fatiguent vite. Je repose le journal sur la table et m’adosse contre la banquette de velours glauque: le patron n’a vraiment aucun gout. Les yeux entr’ouverts, je me laisse gagner a l’atmosphere confinee du pub. la penombre est agreable. La porte s’ouvre et deux jeunes gens viennent s’accouder au bar. L’un deux parle doucement et le rythme des mots qui s’ecoulent de ses levres berce mon crane trop plein comme le resac du fleuve contre le quai. Mes paupieres sont lourdes.
By the way, do you know what happened to Marge this morning?’
La voix de la gamine est stridente de surexcitation. Il y a mort dans l’air.
‘She went to check on Malbrough, in the den he has under the bridge…
-Malbrough?
-The crazy tramp from Hungerford Bridge.’Resume d’une vie en six mots.
‘Is she crazy? they told us in the center to never venture out of sight with them.’
‘Them’… charmantes les bonnes ames de la Red Cross…
‘Chicken broth, sir?
-Oui, c’est pour moi… It’s for me, thank you.’Incroyable le nombre d’illettres Londoniens. Dans une capitale ou l’on entend parler Francais a tous les coins de rue, les gens devraient etre bilingues. Suffit d’ecouter les conversations qui passent…
‘Anyway…’
Elle a les yeux qui brillent, la petite Marie-Madeleine…
‘She went in, and he was lying on the mattress, under the cardboards, turned towards the wall. She said hello but he didn’t answer… She repeated it louder: not a move. You know Margie: she didn’t really want to touch him with all the filth, and the smell, so she was about to give up and leave, when suddenly she noticed a brown stain on his neck, partly hidden under the papers…’
Je connais le reste.
‘Then she started to feel scared. She called his name: Malbrough…’
La viande fond en filandres clairs dans l’epaisseur de la soupe. Ma cuillere s’y enfonce au ralenti, derangeant de gros morceaux de legumes qui reviennent lentement se loger au fond du bol.
‘Malbrough…’
s’en va-t-en guerre, mironton mironton mirontaine…
Je tourne la cuillere dans le bol et le manche trace un sillon clair sur la surface. C’est la marque d’un bon brouet. J’en remplis la cuillere a ras-bord, pour que le liquide soit juste un peu bombe et que mes yeux puissent en apprecier la consistance.‘Nothing. So she ran out for help. When she came back with the nearest policeman, he first talked to the man, then he grabbed his shoulder and shook it swiftly. The cardboards slid…’
J’approche la cuillere de mes levres.
‘…and Marlbrough fell on his back.’
J’aspire doucement, tendrement cette premiere lampee tant attendue. Tant desiree. J’en goute amoureusement la douceur acre contre mon palais.
‘His throat was slit.’
Delicieux.
‘And under the wound, there was the trace of two hands, as if he had been strangled.’
Comme au Vietnam. Toujours les finir au couteau apres une lutte a mains. C’est le seul moyen de s’assurer qu’ils ne reviendront pas d’entre les ombres.
‘Oh my God, it’s so sad!’J’avale et une seconde de chaleur envahit les parois de mon estomac… Merci mon Dieu pour cette eucharistie eclair!
‘Do they have a clue about who might have done it?
-I don’t think they really want to solve the case, you know. It’s not like anyone is going to miss him.’So true… Comme nous sommes transparents au regard des gens qui passent, personne ne voit qu’on disparait.
‘But why him? Of all? He was so kind, and so full of life! Do you know the last time I crossed the Thames, he had made drums out of empty cans, and he had decorated them with a garland of lost toys and abandoned fluffed animals; and he was banging on all that gayly, singing “I’m homeless but I’m happy” with that broken voice… I’m sure he must have cheered up more than a passer-by that day…
-Yes, he was a cheerful one! Do you remember that one time when he ‘borrowed’ his bowler hat to a businessman in suit? And he managed to make him laugh so much that the man offered him his hat in the end…
-The bowler hat he never took off? The one he had painted yellow with Margie’s hair colourant? I had no idea!!! He always had weird stories to tell… So many things had happened to him!’…Ou il avait reve tant de choses, ce mythomane de la marge! Ou est-il, le ticket de loterie qui devait te rapporter cinquante livres?
‘He was wonderfully weird!’
Six livres et vingt-trois pence. Mais le pain est craquant et la biere fraiche a souhait…
Sante, Malbrough!

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